Depuis des décennies, l’intelligence se mesurait à une seule dimension : le QI. Un enfant brillant était celui qui réussissait en mathématiques et en lecture. Ceux qui excellaient en musique, en sport ou dans les relations sociales étaient considérés comme doués dans ces domaines, mais pas particulièrement intelligents. Howard Gardner, psychologue à Harvard, a bouscule ce modèle en 1983 avec sa théorie des intelligences multiples, qui postule l’existence de huit formes d’intelligence distinctes, toutes également légitimes et toutes observables chez les enfants des les premières années de vie.
Les huit intelligences selon Gardner
L’intelligence linguistique-verbale
La capacité à manier les mots, à construire des phrases, a raconter des histoires et à apprendre les langues. Ces enfants aiment lire, écrire, jouer avec les mots, débattre et raconter. Ils mémorisent bien les informations verbales et apprennent facilement les langues étrangères.
L’intelligence logico-mathématique
La capacité à raisonner, résoudre des problèmes et manipuler des concepts abstraits. Ces enfants posent des questions en pourquoi, aiment les énigmes et les jeux de logique, et comprennent intuitivement les séquences et les patterns. C’est l’intelligence la plus valorisée par le système scolaire traditionnel.
L’intelligence spatiale-visuelle
La capacité à visualiser des espaces, a s’orienter, a créer des images mentales et à travailler avec des formes. Ces enfants desinent spontanément, s’orientent facilement, assemblent des Lego sans instructions et pensent en images plus qu’en mots.
L’intelligence musicale-rythmique
La sensibilité aux sons, aux rythmes et à la mélodie. Ces enfants perçoivent les nuances musicales, mémorisent facilement des airs, tapent spontanément des rythmes et sont souvent dérangés par les sons parasites que les autres n’entendent pas.
L’intelligence corporelle-kinesthesique
La capacité à contrôler son corps avec précision et à manipuler des objets. Ces enfants ont besoin de bouger pour apprendre, excellent dans les sports ou la danse, et fabriquent instinctivement des objets avec leurs mains. Ils apprennent en faisant, pas en écoutant.
L’intelligence interpersonnelle
La capacité à comprendre les autres, a ressentir leurs émotions et à naviguer dans les dynamiques sociales. Ces enfants sont naturellement empathiques, résolvent les conflits facilement et ont tendance à devenir des leaders ou des médiateurs dans leur groupe.
L’intelligence intrapersonnelle
La capacité à se comprendre soi-même, a identifier ses propres émotions et à gérer sa vie intérieure. Ces enfants ont une conscience de soi développée, des objectifs personnels clairs pour leur âge et une vie intérieure riche souvent exprimée par l’écriture ou l’art.
L’intelligence naturaliste
La capacité à observer, catégoriser et comprendre le monde naturel. Ces enfants remarquent les détails dans la nature, s’intéressent passionnément aux animaux, aux plantes et aux phénomènes météorologiques, et classifient instinctivement les éléments de leur environnement.
| Intelligence | Signes visibles | Activités stimulantes |
|---|---|---|
| Linguistique | Aime raconter, vocabulaire riche | Lecture, écriture, débat |
| Logico-mathématique | Questions en pourquoi, aime les énigmes | Jeux de logique, sciences |
| Spatiale | Dessine, s’oriente bien, aime les Lego | Dessin, architecture, cartes |
| Musicale | Mémorise les mélodies, tape des rythmes | Instrument, chant, danse |
| Corporelle | Apprend en faisant, sport, bricolage | Sports, théâtre, cuisine |
| Interpersonnelle | Empathique, médiateur naturel | Projets collectifs, jeux de rôle |
| Intrapersonnelle | Introspectif, objectifs clairs | Journal, méditation, art |
| Naturaliste | Observe la nature, collecte | Jardinage, sciences naturelles |
Comment identifier les intelligences dominantes de votre enfant
Observer sans orienter est la clé :
- Ce vers quoi il va spontanément : les intelligences dominantes se manifestent dans les activités librement choisies. Qu’est-ce que votre enfant fait quand rien n’est impose ?
- Ce dans quoi il atteint un état de flux : le flux (flow) est cet état ou le temps s’arrête et ou l’activité semble couler toute seule. C’est le signe d’une intelligence fortement sollicitée
- Ce qu’il réussit sans effort apparent : certains enfants lisent couramment à 4 ans sans qu’on le leur ait vraiment appris. D’autres assemblent des puzzles de 500 pièces à 5 ans. Ces facilites naturelles signalent des intelligences dominantes
Un enfant qui ne réussit pas à l’école n’est pas un enfant non intelligent : c’est un enfant dont les intelligences dominantes ne sont pas celles que l’école valorise. Identifier ces intelligences et les nommer à voix haute (tu as une intelligence musicale exceptionnelle) produit un effet protecteur sur l’estime de soi que les résultats scolaires ne peuvent pas remplacer.
Stimuler les intelligences non scolaires
L’école stimule principalement les intelligences linguistique et logico-mathématique. Les autres nécessitent une stimulation active en dehors du cadre scolaire :
- Intelligence musicale : un instrument de musique, même simple. L’écoute active de genres musicaux varies. Le karaoké en famille
- Intelligence corporelle : un sport régulier, mais aussi des activités manuelles (menuiserie, cuisine, poterie). Les expériences scientifiques à la maison combinent intelligences corporelle et logico-mathématique de façon ludique
- Intelligence naturaliste : des sorties en nature régulières avec observation guidée. Un jardin ou un pot de plantes à soigner. Une collection d’insectes, de pierres ou de feuilles à catégoriser
- Intelligence interpersonnelle : des jeux coopératifs, des projets collectifs, des responsabilités dans un groupe
Pour les enfants qui ont du mal à rester concentres sur les activités scolaires, le guide enfant qui n’arrive pas à se concentrer aborde la question sous l’angle des intelligences et des styles d’apprentissage. Les activités créatives en famille sont aussi un excellent levier pour stimuler les intelligences spatiale, musicale et corporelle dans un cadre détenu.
La théorie des intelligences multiples à l’école
Certains enseignants s’appuient sur cette théorie pour diversifier leurs supports pédagogiques :
- Apprendre les tables de multiplication en chanson (intelligence musicale)
- Expliquer un concept scientifique par une manipulation physique (intelligence corporelle)
- Utiliser des cartes mentales et des schémas plutôt que des listes (intelligence spatiale)
Si votre enfant est en difficulté dans une matière, chercher si une approche alternative correspondant à ses intelligences dominantes n’existe pas. Souvent, la difficulté n’est pas dans la matière elle-même mais dans le mode de transmission utilise.
Les limites de la théorie
La théorie des intelligences multiples est influente mais non sans critiques scientifiques. Certains chercheurs estiment que Gardner décrit des talents et des compétences plutôt que des formes distinctes d’intelligence au sens strict. Ce débat académique ne réduit pas l’utilité pratique de la théorie : qu’on l’appelle intelligence ou talent, reconnaître la pluralité des capacités d’un enfant et cesser de tout mesurer à l’aune de la réussite scolaire traditionnelle reste un changement de regard fondamentalement bénéfique pour les enfants et pour les familles.
